Longtemps considérés comme une simple surface à occuper ou à exploiter, les sols sont très souvent invisibilisés dans les politiques d’aménagement et la culture urbaine, alors même qu’ils constituent un patrimoine vivant, lent à se former, difficile à reconstituer et pourtant consommé à un rythme soutenu par l’urbanisation et les grands projets d’infrastructures. Ce regard, centré sur la valeur foncière et la capacité du sol à accueillir des constructions, a conduit les urbanistes et aménageurs à traiter le sol principalement comme un support de droits à bâtir, sans prendre réellement en compte ses qualités agronomiques, écologiques, hydrologiques, paysagères et culturelles, et les services écosystémiques qu’il rend aux territoires.
Or, les sols sont des milieux biologiques complexes indispensables au cycle de l’eau, au stockage du carbone, à la production alimentaire et au maintien de la biodiversité ordinaire et remarquable, mais aussi à la régulation des îlots de chaleur urbains, à la qualité des paysages et, plus largement, aux conditions d’habitabilité des villes et des campagnes. Dans ce contexte, comment faire évoluer les pratiques et les cultures professionnelles de l’urbanisme pour considérer les sols non pas comme une simple « ressources foncière » mais comme un « bien commun » vivant, multifonctionnel et limité, au cœur des stratégies de sobriété foncière et de résilience des territoires ? Comment les agences d’urbanisme peuvent‑elles favoriser cette « bascule » et faire émerger un véritable « urbanisme des sols » par les travaux qu’elles mènent et les outils qu’elles façonnent (production de connaissances, cartographies des fonctions et qualités des sols, intégration de ces enjeux dans les documents de planification, co-construction de nouveaux récits territoriaux…) ? Enfin, quelles alliances et coopérations entre scientifiques, agriculteurs, acteurs de l’eau, de la biodiversité, du paysage, de l’économie, élus et habitants faut-il promouvoir pour bâtir une nouvelle « culture partagée du sol » et être capable de réinterroger les modèles d’urbanisation pour limiter l’artificialisation et préserver ce patrimoine essentiel pour la vie humaine et l’ensemble du vivant ?
Ces enjeux seront au cœur des échanges qui se tiendront du 7 au 9 octobre à Caen, à l’occasion de la 47e rencontre nationale des agences d’urbanisme.