Périurbain

La Fnau et les agences d’urbanisme, en lien avec leurs partenaires ont lancé un cycle de réflexion fin 2024, intitulé “Les nouveaux dess(e)ins des périurbains” visant à identifier les enjeux et à formuler des recommandations dans la perspective de transformation des espaces périurbains. La résurgence de la question périurbaine advient probablement par l’urgence des transitions socio-écologiques et de leur territorialisation. La mise à l’agenda, notamment, de la sobriété foncière par le ZAN, l’évolution des trajectoires résidentielles, économiques et sociales post-confinements ainsi que les nouvelles modalités d’habiter, de travailler et de consommer ont déclenché de nouveaux desseins pour les territoires et notamment les territoires périurbains. Comment les agences d’urbanisme doivent-elles les révéler, les dessiner, les accompagner ?

Reconsidérer les futurs périurbains – après les avoir décriés, puis réhabilités, dénoncés et approuvés – comme des espaces à fort potentiel (foncier, biomasse, ENR, biodiversité, nouveaux rapports à la nature, …), comme des espaces d’inter-relations (sociales et culturelles) complexes encore peu saisis par les gouvernances territoriales et comme des espaces de projet (de territoire, de société, d’inventivité démocratique) s’impose. Aussi, ce cycle de débat, intitulé « De nouveaux dess(e)ins périurbains » propose d’ouvrir le champ des possibles, en rappelant toujours la très grande diversité périurbaine.

Un des enjeux principaux du débat autour des territoires périurbains consiste à repérer les nouveaux acteurs déterminants et les tensions ou conflits de représentations et de valeurs que les multiples expressions périurbaines énoncent sur la crise des villes et celle des campagnes. Comment les acteurs émergents convoquent-ils les dispositifs et institutions existantes, les collectivités et l’État ? Des actants non-humains apparaissent-ils ? A quelles échelles et de quelles manières ? Où s’expriment les tensions ? Où s’envisagent leurs résolutions ?

Si le périurbain manque possiblement d’une ingénierie dédiée et spécifique, il existe de nombreux intervenants œuvrant à une autre compréhension des relations entre maîtrise d’ouvrage, d’œuvre et d’usages. Les agences d’urbanisme auront à travailler avec ces nouveaux partenaires publics, privés et collectifs pour énoncer la diversité des figures périurbaines, en mobilisant d’autres référentiels, d’autres connaissances et d’autres outils. Le temps est venu d’inventer !

Les résultats du colloque de lancement, organisé en mai 2024, ainsi que les premières pistes issues des ateliers in situ, sont diffusés au fil de l’avancement des travaux. Les propositions définitives seront publiées au printemps 2026. Quatre sujets d’attention ont été identifiés, chacun piloté par une agence d’urbanisme. Ils ont donné lieu à des groupes de travail, à des réflexions collectives et à des journées d’immersion dont le récit figure ci-dessous.

 Découvrez les carnets de bords des quatre journées d’immersion

Mobilité et recompositions territoriales à St-Etienne

Episode 1. À Saint-Étienne, les premiers coups de crayon pour réinventer les mobilités dans le périurbain

C’est à Saint-Étienne, au cœur des territoires ligériens, que s’est ouverte les 30 et 31 janvier 2025 la série d’explorations territoriales « Les dess(e)ins du périurbain ». 

Durant deux jours, une quarantaine d’acteurs – élus, techniciens, chercheurs et associations locales – se sont retrouvés pour débattre et échanger autour des enjeux de la mobilité dans ces espaces en constante mutation. Loin d’être un simple prolongement de la ville, les espaces périurbains sont aujourd’hui reconnu comme des territoires stratégiques, riches de potentiels pour inventer de nouveaux modèles d’aménagement durables.

La première journée s’est ouverte dans les locaux d’Epures à Saint-Étienne. Jean-Pierre Berger, Président de l’agence d’urbanisme, a souligné l’importance de cette mobilisation d’intelligence collective pour répondre aux nombreux défis des espaces périurbains ⁸. Il a insisté sur la nécessité pour les agences d’urbanisme de favoriser l’innovation et d’intégrer les parties prenantes dans la décision collective, notamment au travers d’approches qualitatives. Ludovic Meyer, Directeur adjoint d’Epures, et Max Rousseau, géographe et politiste, ont ensuite présenté le cadre territorial, plongeant les participants au cœur du contexte ligérien et des enjeux futurs des mobilités. Max Rousseau insiste sur le fait que repenser le périurbain implique nécessairement de repenser les mobilités, notamment dans un contexte où la dépendance à l’automobile est de plus en plus remise en question. Eric Charmes, directeur de recherche, a enrichi les échanges en interrogeant le lien entre mobilité et périurbain, à travers l’expérience du périurbain lyonnais.

Une première table ronde a permis ensuite une discussion entre élus du territoire et représentants de l’État, avec Jean-Pierre Berger, Luc François (Vice-président de Saint-Étienne Métropole), Sébastien Vienot (Directeur départemental des Territoires de la Loire) et Edouard PARANT (Coordinateur national des SERM – DGITM – Infrastructures et mobilités.

 

La seconde journée fut une immersion sur le terrain. Un temps essentiel pour « éprouver l’esprit des lieux, les distances et les ambiances », et comprendre les usages et besoins des habitants¹⁵. Le groupe s’est rendu en train à Veauche, une commune de la « ceinture urbaine » au nord de Saint-Étienne, dont la population a fortement évolué, passant de 2 874 à 8 984 habitants entre 1962 et aujourd’hui ¹⁶. Accueillis par Gérard Dubois, Maire de Ville de Veauche et Vice-président en charge des mobilités de la Communauté de Communes de Forez Est , les participants ont été répartis en cinq groupes d’exploration thématique ¹⁷.

Chaque participant, en sous groupe a exploré une facette des mobilités périurbaines, accompagné par un collaborateur d’Epures et un acteur local ¹⁸ :

  • La valorisation du quartier gare et sa vocation intermodale, en lien avec l’association Améliorer les Déplacements et les Transports en Loire Sud  (ADTLS) ¹⁹. Gérard Dubois a d’ailleurs souligné l’enjeu d’attractivité du pôle Gare de Veauche pour « que les gens aient envie de se déplacer autrement qu’en voiture » ²⁰.
  • La mobilité cyclable dans le périurbain, avec l’association Vélo en Forez²¹. Éric Charmes a souligné la complexité de faire de la place au vélo dans ces contextes où les distances sont plus grandes et les rues plus « routières », mais a aussi insisté sur le potentiel de réduction des émissions de CO2 grâce au vélo, estimé à 35% dans le périurbain lyonnais, notant que le défi est de « passer de la théorie à la réalité » ²².
  • L’accessibilité aux équipements scolaires, en partenariat avec Place aux piétons Loire Sud ²³. Les échanges avec les directions d’établissements ont révélé une contradiction forte entre la volonté d’encourager l’autonomie des enfants dans leurs trajets quotidiens et le discours de certains parents, qui dénoncent l’insécurité due au trafic routier tout en y contribuant en emmenant eux-mêmes leurs enfants en voiture. La question de la discontinuité des aménagements (trottoirs, pistes cyclables, arceaux vélo…) a été soulevée, tout comme la diversité des pratiques des élèves, allant de l’essor des mobilités douces (vélos, trottinettes) à l’usage croissant de voiturettes sans permis. Mais ces dynamiques restent fragiles : le maintien dans le temps d’initiatives comme les pédibus se heurte au désengagement progressif des familles et aux moyens limités des collectivités.
  • L’aide à la mobilité pour les publics en difficulté, en collaboration avec Aid’Auto 42. Max Rousseau a mis en lumière la problématique de l’enfermement géographique pour certaines catégories sociales en difficulté et les personnes âgées, et l’impact transformateur de solutions simples de mobilité solidaire, permettant de « reprendre goût à la vie ».
  • Les espaces publics dans le patchwork périurbain. Romain Lajarge a décrit ce terrain comme un « cas d’école de l’anarchie urbanistique » des décennies passées, où « tout est très bien est très propre » mais où les lotissements, souvent des impasses, forment des « pastilles qui voisinent les unes avec les autres en se tournant le dos ». Cette configuration rend difficile l’organisation de mobilités douces, incitant à repenser les manuels d’urbanisme plutôt que de vouloir « changer les gens ».
 

À l’heure du déjeuner, les échanges ont continué, les observations de terrain nourrissant les réflexions. L’après-midi a été consacrée à un travail de synthèse en sous-groupes, puis à la présentation des synthèses, permettant de prendre du recul. Les discussions ont fait ressortir une réalité complexe : si la dépendance à l’automobile est forte dans le périurbain, elle est aussi perçue par les habitants comme une expression de liberté. Romain Lajarge a souligné que la structure périurbaine actuelle et les usages obligent à la voiture, et qu’il n’est « juste pas possible » de s’en passer à court terme. L’enjeu est donc de « penser plein d’autres mobilités en gardant la voiture », en favorisant une « multimodalité de transport collectif et privé » ³⁵. Il a également insisté sur le fait que vouloir « rétrécir » les mobilités est « dangereux parce que c’est toujours aujourd’hui l’expression de la liberté » ³⁶.

Les Services Express Régionaux Métropolitains (Serm) apparaissent comme une opportunité majeure pour « changer la façon de voir les mobilités ». Luc francois a insisté sur le fait que la labellisation SERM permet de mobiliser les acteurs et les financements pour un projet multimodal global à l’échelle du bassin de mobilité, avec l’agence d’urbanisme comme partenaire essentiel, car elle a « toute sa place par son expertise ». Édouard Parant a précisé que la démarche des SERM, axée sur les mobilités du périurbain, vise à déployer une offre « pragmatique, progressive » et surtout « qui s’adresse globalement au maximum des autosolistes » pour les amener à adopter des modes décarbonés. Cela inclut le transport ferroviaire, le car express, le rabattement par le vélo et la marche à pied, mais aussi la simplification du parcours voyageur via la billettique et la tarification.

« Il devient donc nécessaire d’imaginer des outils de mobilité plus flexibles et composites, favorisant la multimodalité et intégrant davantage d’options de cabotage. » Karine Hurel, déléguée générale adjointe de la Fnau.

La journée s’est conclue par les mots de Romain Lajarge, responsable scientifique de la Chaire Territorialisation à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble. Il a posé un regard plus large sur les mobilités périurbaines, soulignant la nécessité de « changer nos manuels d’urbanisme » pour mieux comprendre les choix d’habitabilité des habitants et de « fabriquer de la multimodalité ».

Ce premier carnet de bord stéphanois a mis en lumière la complexité et la richesse des enjeux de mobilité périurbaine, entre dépendance automobile et formidable potentiel d’innovation. La démarche « Les dess(e)ins du périurbain » se poursuivra avec d’autres explorations sur des thèmes variés, notamment la renaturation et les transitions socio-écologiques à Avignon, le foncier, les formes urbaines et l’habitabilité à Rennes, ainsi que les services et l’économie en banlieue parisienne.⁴⁴ Autant de jalons pour penser un périurbain réconcilié avec le vivant, la nature et des modes de vie renouvelés.

Episode 2. Dans le Grand Avignon, dessiner le périurbain depuis les interstices

C’est à Entraigues-sur-la-Sorgue, au cœur de la plaine comtadine, que s’est tenue le 13 mai 2025 la deuxième étape des explorations territoriales « Les dess(e)ins du périurbain »¹. Organisée par l’Agence d’Urbanisme Rhône Avignon Vaucluse (AURAV), cette journée a rassemblé une quarantaine d’acteurs ; élus, techniciens, chercheurs et associations locales ; autour d’un même objectif : questionner les défis et les potentiels du périurbain, notamment en matière de transition socio-écologique et de renaturation. Entre zones humides fragiles et lotissements diffus, ce territoire exemplifie les enjeux majeurs des espaces périurbains en mutation, appelés à inventer des modèles d’aménagement adaptés aux exigences environnementales actuelles.

La matinée s’ouvre dans la salle du Syndicat de Bassin, un peu fraîche encore, sous les néons discrets. Guy Moureau, maire d’Entraigues et président du Syndicat Mixte du Bassin des Sorgues • SMBS, prend la parole. Il ancre d’emblée les enjeux : ici, entre ville et campagne, se négocie un équilibre délicat. Entre impératifs de développement et exigences écologiques, pressions foncières et préservation des milieux, il s’agit de penser un futur désirable et donc, pour ce faire, construire un quotidien habitable. Il parle de l’eau, ressource vitale et fragile. Des paysages qui s’effacent. Des habitants qu’il faut réassocier. Le ton est donné : lucide, mais tourné vers l’action.

Puis, place au terrain. La troupe s’ébranle vers la Sorgue, cette rivière sinueuse qui irrigue la plaine comtadine. La déambulation nous fait traverser une zone humide classée Natura 2000, où la nature résiste, foisonne, et parfois surprend. Ici, les moustiques et autres insectes pullulent, rappelant que le vivant s’exprime aussi dans ses formes les plus discrètes. Au détour d’un sentier, une couleuvre file entre les herbes, comme un clin d’œil furtif de la faune locale.

“La plaine comtadine dévoile ses contrastes : fragile, mais vivante, dynamique, mais résiliente.”

On observe des aménagements récents : des chemins stabilisés, des espaces publics repensés pour mieux cohabiter avec les milieux naturels, et au loin, une opération foncière de valorisation des friches. Entre modernité en gestation et respect du site, la plaine comtadine dévoile ses contrastes : fragile, mais vivante, anthropisée, mais résiliente.

À l’heure du déjeuner, le groupe trouve refuge à l’ombre bienveillante d’un grand pin. Les sacs s’ouvrent, les cercles se forment, et les échanges reprennent, plus libres, à même la terre

Au sommet de la colline de Sève, la vue s’étend à 360 degrés : depuis le Palais des Papes jusqu’au Rhône, les Cévennes à l’est, le mont Ventoux à l’ouest, et les reliefs du Lubéron et des Alpilles au sud. Ce panorama met en lumière la fragile juxtaposition des tissus habités ; résidentiel, économique, infrastructure ; mêlés aux paysages naturels et agricoles.

“Le périurbain : ne serait-il pas, finalement, un espace qui regarde vers la ruralité, plus qu’un simple prolongement de la ville ?”

L’après-midi se poursuit dans la salle du SMBS, où le groupe se regroupe un peu rougi par le soleil et encore imprégné par le terrain qu’il vient d’explorer. C’est le moment de prendre du recul, d’ancrer le sensible dans des réflexions plus larges. Trois interventions viennent structurer les échanges.

  • D’abord, Laurent RHODET, directeur du Syndicat Mixte du Bassin des Sorgues, ouvre la discussion sur les enjeux cruciaux de préservation des ressources naturelles en milieu périurbain, à l’heure où ces espaces sont pris en étau entre pressions foncières et écologiques.
  • Christian Roeck, du Parc naturel régional du Mont-Ventoux, enchaîne en interrogeant notre regard sur le périurbain : ne serait-il pas, finalement, un espace qui regarde vers la ruralité, plus qu’un simple prolongement de la ville ?
  • Enfin, Kathleen Monod, de l’Office français de la biodiversité, partage son expérience sur les actions concrètes de valorisation écologique dans ces territoires intermédiaires, souvent mal cartographiés, mais d’une richesse insoupçonnée.

Les regards se croisent, les questions fusent : comment concilier aménagement et vivant ? Où placer le curseur de l’intervention ? Autant de pistes pour penser un périurbain réconcilié avec le vivant et la nature.

“Comment, alors, tisser des liens dans ce millefeuille territorial qu’est le périurbain ?”

De retour en salle, la journée s’oriente vers les relations humaines qui façonnent les paysages. Comment, alors, tisser des liens dans ce millefeuille territorial qu’est le périurbain ?

La parole est donnée à Marielle FABRE, première adjointe à Châteauneuf-de-Gadagne et conseillère départementale. Elle présente le dispositif DiaT-Ass, conçu pour apaiser les tensions entre agriculteurs et riverains, souvent pris dans des logiques opposées, mais contraints de cohabiter. Le ton est concret, nourri d’exemples vécus.

Puis c’est au tour de Philippe Armengol, maire de Velleron et vice-président à la transition écologique du Grand Avignon. Il partage une autre facette de ces dynamiques de coopération avec le projet « La nature en ville dans ma commune », qui vise à constituer un véritable réseau d’acteurs de la nature, ancrés dans le tissu local. Ces échanges montrent combien les réponses doivent être fines, contextuelles, construites à plusieurs voix.

L’après-midi se conclut par un atelier flash, rythmé, où les idées fusent autour des leviers d’action possibles pour ces territoires de l’entre-deux. Le matin, les participants avaient été répartis en petits groupes, missionnés pour capturer des photos autour de thématiques précises lors de la déambulation.

“Des fragments de paysage deviennent alors supports à réflexion collective. Gouvernance, culture locale, nouvelles formes d’habiter [..]”

À présent, ces clichés tapissent les murs de la salle, transformée en galerie éphémère. On circule, on observe, et surtout, on choisit : chacun est invité à apposer des gommettes sur les images qui, à ses yeux, saisissent le mieux les enjeux du jour. Des fragments de paysage deviennent alors supports à réflexion collective. Gouvernance, culture locale, nouvelles formes d’habiter : les discussions s’animent autour de scènes familières ou étonnantes, révélatrices de la complexité périurbaine. Ce moment d’intelligence collective, à la fois visuel et collaboratif, offre une dernière respiration avant la clôture, et laisse entrevoir de futures pistes de travail.

Et alors que les esprits commencent à ralentir, la voix de Romain Lajarge se fait entendre pour le mot de clôture. Responsable scientifique de la Chaire Territorialisation à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, il vient poser un regard plus large, presque philosophique, sur les tensions observées tout au long de la journée. Les derniers mots résonnent doucement alors que le soleil décline derrière les pins : et si c’était là, dans ces territoires hybrides, que se jouait l’avenir de nos façons d’habiter le monde ?

Ce carnet de bord entravaguois a révélé la complexité et la richesse des enjeux liés à la transition socio-écologique et à la renaturation dans les espaces périurbains, confrontés à des tensions entre préservation des zones humides et développement diffus. La démarche « Les dess(e)ins du périurbain » se poursuivra à la rentrée avec deux autres rendez-vous, autour des formes urbaines et de l’habitabilité à Rennes, ainsi que des services et de l’économie en banlieue parisienne. Autant de jalons pour repenser un périurbain en harmonie avec le vivant, la nature et des modes de vie renouvelés.

Épisode 3 : direction Rennes pour réfléchir aux enjeux de l’habitat et du foncier dans les territoires périurbains

Le 12 septembre 2025, urbanistes, élus et techniciens se sont retrouvés à Rennes pour le troisième atelier in situ du cycle national « Les nouveaux Dess(e)ins du Périurbain », consacré, cette fois-ci, aux problématiques d’habitat et de foncier dans les territoires périurbains.

Organisée par l’Audiar et la Fnau, les participants se sont questionnés sur les transformations possibles des territoires périurbains en portant un regard plus spécifique aux formes de son habitat, à ses enjeux fonciers ou encore aux enjeux du bien vivre ensemble pour tous.

Poser le cadre

La journée a commencé dans une salle lumineuse dans les locaux de l’agence d’urbanisme, localisée dans le centre de Rennes, où les participants ont pris place autour de tables garnies de documents et de plans. André Crocq, président de l’Audiar et premier vice-président de Rennes Métropole, ouvre les échanges en rappelant les enjeux locaux : le périurbain n’est plus un espace secondaire mais un territoire où se joue une part essentielle de l’aménagement métropolitain. À ses côtés, Karine Hurel, déléguée générale adjointe de la Fnau, complète : l’enjeu est national, et si les territoires périurbains sont riches de leurs diversités, ils ont pourtant des problématiques communes. Ensuite, Jean-Michel Marchand, directeur-adjoint et pilote du groupe foncier et habitabilité des Dess(e)ins du Périurbain (Audiar) présente une synthèse des travaux préparatoires, qui servira de base aux débats et ateliers techniques de la matinée.

Rapidement, les discussions se concentrent sur les tissus pavillonnaires. Ces espaces, parfois critiqués pour leur faible densité, sont perçus dans ce cadre comme une ressource foncière. « La ville de demain est déjà là » dira Philippe Clément, directeur de projet (SEM Territoires). Il faut intensifier la « réparation » plutôt que l’extension : ajouter une maison, transformer un garage, remodeler une petite place. Des gestes modestes, mais qui cumulés sont capables de transformer en profondeur le tissu périurbain.

Tout n’est cependant pas simple. Les participants à la journée identifient trois principaux obstacles. Le premier est juridique : par exemple, les règlements des lotissements parfois très anciens peuvent entrer en contradiction avec les objectifs des plans locaux d’urbanisme, plaçant les acteurs territoriaux dans des situations complexes. Le deuxième est financier : la densification s’effectue sur des temps longs et demande des investissements étalés sur de très nombreuses années. Le troisième est culturel : les habitants, profondément attachés à leur cadre de vie, expriment des craintes face au changement. Il y a un véritable enjeu d’accompagnement, dans la durée.

Déverrouiller le potentiel : les leviers identifiés

Malgré ces obstacles, plusieurs leviers permettant d’avancer ont été identifiés. Le premier consiste à outiller l’action publique, en renforçant les moyens juridiques et stratégiques à disposition des collectivités. Le deuxième est de systématiser l’ingénierie de la connaissance, grâce aux outils par exemple géomatiques et au suivi en temps réel des dynamiques foncières. Le troisième levier est de structurer un accompagnement des habitants, afin de d’expliquer et de rassurer.

Cette approche suppose une posture renouvelée pour l’urbanisme. L’urbaniste n’est plus seulement concepteur mais amplifie son rôle de facilitateur et chef d’orchestre. Antoine Monnerie (Directeur-Général de la SEM Territoires) insiste sur ce rôle : il s’agit de mettre en synergie élus, habitants, opérateurs et associations, pour orchestrer les transformations de manière collaborative et progressive.

Mixité fonctionnelle et rythmes urbains

L’atelier 2 (Nouvelles centralités), animé par Jérôme Malle (Audiar) et Antoine Morin (EPF Bretagne), explore la question de la mixité fonctionnelle, cruciale pour éviter que le périurbain ne devienne une « ville-dortoir ». Les échanges insistent sur la proximité, la diversité des usages et la mutation des zones commerciales périphériques. La notion de chronotopie est introduite : penser les espaces selon les rythmes d’usage, pour mieux articuler logements, commerces et services dans le temps et dans l’espace. Cette perspective enrichit la réflexion sur les façons de rendre ces territoires plus vivants et plus connectés à leurs habitants.

Outils fonciers et stratégies opérationnelles

L’atelier 3 (Outil et financements) animé par karine baudy (Audiar) et Anastasia TYMEN (USH) dresse un inventaire précis des dispositifs existants : OPAH[1], BRS[2], division parcellaire, ZAC, PUP… Il en ressort qu’il est préférable de combiner ces outils plutôt que d’en créer de nouveaux. Cependant, Antoine Morin rappelle le coût élevé de ce type d’opérations, tandis que Jérôme BASTIN (Directeur général adjoint – Rennes Métropole) appelle à la prudence sur le recours aux leviers fiscaux, pour ne pas générer de tensions sociales ou d’effets d’aubaine.

Immersion sur le terrain : Chantepie

L’après-midi conduit les participants dans la commune de Chantepie (accueilli par Laurent Rebuffie, 1er adjoint à l’urbanisme et vice-président de l’Audiar et Aurélie Chatellier chargée d’opérations de la SEM Territoires) , pour découvrir le projet Bois de Sœuvres. Ce site illustre concrètement les transformations envisagées par les élus : un ancien espace commercial est en cours de deréhabilitation pour accueillir logements, services et solutions de mobilité, intégrant ainsi une véritable centralité multifonctionnelle. La visite permet de comprendre la complexité des montages opérationnels, mais aussi les opportunités de créer de nouvelles centralités dans des communes intermédiaires. Les élus locaux expliquent les compromis nécessaires et montrent comment densification et mixité peuvent coexister tout en garantissant l’acceptabilité sociale.

En arpentant les rues, en observant les nouveaux usages et les espaces réaménagés, on perçoit que la transformation périurbaine ne se décrète pas : elle se construit pas à pas, à travers des projets concrets, des dialogues constants et des adaptations aux réalités locales.

Synthèse et clôture

La journée rennaise illustre parfaitement que transformer le périurbain est un enjeu politique, financier, technique aussi, mais avant tout humain. Les obstacles sont nombreux, mais les leviers existent.

Chaque étape du cycle, à Rennes comme ailleurs, ajoute une pièce au puzzle d’un périurbain réinventé, capable d’accueillir la vie, la diversité et les transitions socio-écologiques.

 

Épisode 4 : Dans le périurbain francilien : réinterroger les centralités, éprouver les services, imaginer l’économie autrement

Jeudi dernier, notre groupe de travail “Services & Économie”, l’un des quatre ateliers du cycle Les nouveaux Dess(e)ins du Périurbain piloté par la Fnau, s’est retrouvé pour une journée d’exploration in situ à Rambouillet organisée par L’Institut Paris Region . Après plusieurs temps de discussions sur les enjeux de réindustrialisation, les métamorphoses des zones commerciales, les conflits d’usage autour des ressources ou encore les tensions croissantes sur les mobilités et l’énergie, nous avions besoin de prendre l’air. Littéralement.

Pour comprendre ce que devient l’économie périurbaine, il faut sentir ses distances, écouter ses contradictions, arpenter ses zones grises et ses espaces vécus. Rambouillet s’est imposée comme un terrain intéressant pour interroger une question centrale : c’est quoi, aujourd’hui, une centralité périurbaine ?

Une balade sensible pour se rendre disponibles au territoire

La journée s’est ouverte par une balade sensible dans le centre-ville, carnet à la main. Objectif : sortir des schémas mentaux habituels de l’expert pour laisser place aux perceptions. Marcher, observer, noter ce qui attire, ce qui surprend, ce qui coince. Partir des sensations pour ouvrir la discussion — à pied d’égalité — entre urbanistes, économistes, sociologues et usagers.

Les ressentis convergent :

  • un centre vivant, plutôt attractif ;
  • une ambiance de “ville à la campagne”
  • mais aussi une tension automobile palpable, presque constitutive du lieu, avec voiture et parkings très présents

Le périurbain, c’est souvent cela : une centralité qui fonctionne… mais jamais seule.

Rencontre avec la Ville : Centralité, mobilité, attractivité… le réel face aux injonctions

Nous avons ensuite été accueillis par Géraldine Cadet, directrice de l’urbanisme et de l’aménagement, et Anne Humbert, architecte-conseil de Rambouillet. Un échange dense, sans fard, qui met en lumière les paradoxes du territoire.

Rambouillet “ville à la campagne”

Une identité délibérément provinciale, malgré les 35 minutes de Paris-Montparnasse. Ce positionnement – géographique, politique, culturel – façonne la stratégie de développement.

Les nouveaux habitants viennent de petite couronne, attirés par : le cadre résidentiel ; la nature et un accès ferroviaire performant vers Versailles, Paris ou Chartres. Pourtant, les mobilités restent massivement automobiles hors centre-ville. Les flux pendulaires sont importants : cadres supérieurs vers La Défense, inversement médecins ou employés venant de Chartres et du Centre-Val-de-Loire.

Smart City Campus : un entre-deux économique devenu ressource temporaire

Nous avons poursuivi nos visites avec l’ancienne usine Continental, reconverti en Smart City Campus, un lieu hybride, pépinière d’entreprises mêlant : start-ups ; activités de services ; artisans ; pépites locales et tiers-lieu, à la rencontre du court bouillon et de l’Usine à Chapeaux.

Installé sur le même site, le Court Bouillon est un tiers-lieu culturel qui propose ateliers, spectacles, outils mutualisés et espaces de création. Un concentré d’énergie citoyenne et artistique, situé là où l’offre culturelle est souvent jugée “trop loin”, “pas pour ici”. Ce type de lieu : crée du lien ; offre de nouvelles formes de proximité ; attire aussi bien les familles que les créateurs.

 

Il révèle que la culture est un service essentiel, et un facteur économique à part entière dans les territoires périurbains.

Enfin, nous avons terminé par une discussion avec une responsable de l’Usine à chapeaux, équipement socioculturel emblématique du territoire, tout à la fois MJC ; espace de pratiques artistiques ; accompagnement des jeunes ; lieu de formation et de bénévolat et outil de cohésion sociale et d’innovation culturelle.

En filigrane : que nous dit Rambouillet des services et de l’économie périurbaine ?

Au fil des observations, certains enseignements s’imposent .

D’abord, la centralité périurbaine ne se laisse pas enfermer dans une définition simple. Elle est composite, parfois même paradoxale. Il y a bien un centre-ville vivant, identifiable, mais il fonctionne en permanence avec – et grâce à – un arrière-plan fortement automobile.

L’économie locale, elle, avance sur une ligne de crête. D’un côté, un héritage industriel encore très présent, dans les paysages comme dans les trajectoires sociales. De l’autre, une tertiarisation. Entre les deux, l’articulation reste fragile. Dans ce contexte, le foncier apparaît comme un levier stratégique majeur. Les grandes opérations de transformation, comme celle de Continental, agissent presque comme des révélateurs.

Ce sont aussi les services – culturels, sociaux, éducatifs – qui jouent un rôle clé. Ils façonnent la qualité de vie au quotidien et participent fortement à l’ancrage territorial. Leur présence, leur accessibilité et leur diversité pèsent autant que l’emploi ou le logement dans l’attachement au lieu.

Enfin, tout semble ramené à une question centrale : celle des distances. Distances physiques, bien sûr, mais aussi distances vécues. La proximité réelle – ou son absence – structure l’attractivité résidentielle, l’accès à l’emploi, les mobilités et les services. C’est peut-être là que se noue l’enjeu principal du périurbain : moins une affaire de kilomètres que de temps, de pratiques et de possibilités concrètes.

Rambouillet, comme beaucoup de territoires périurbains, n’est ni “ville dortoir”, ni “ville moyenne”, ni véritable banlieue. Elle est tout cela à la fois — et autre chose encore.