Adaptation

Face à l’accélération des bouleversements liés au changement climatique, les agences d’urbanisme sont très présentes pour accompagner les territoires dans une adaptation qui n’est plus une option, mais une nécessité vitale. Fortes chaleurs plus régulières et plus intenses, sécheresses récurrentes, disparition de la biodiversité, apparition d’espaces invasives, pressions sur les ressources ou encore montées des eaux et recul du trait de côte transforment déjà fortement les territoires.

Pour contribuer à faire face à ces transformations et préserver l’habitabilité des territoires, la Fnau et les agences d’urbanisme ont engagé un chantier portant sur l’adaptation. Il vise à identifier les leviers d’actions possibles ; les freins à lever et ainsi pouvoir accompagner les territoires en proposant des outils et recommandations opérationnels, en cohérence avec le PNACC et la loi Climat et Résilience de 2021.

Une approche par territoire à enjeux et par filière sous tension pour faciliter les recommandations opérationnelles

Si l’adaptation au changement climatique appelle par nature une approche systémique, embrassant l’ensemble des dimensions territoriales et sectorielles, la Fnau et les agences d’urbanisme ont fait le choix de focales afin d’être plus opérationnel. La feuille de route du chantier « adaptation » qui se va se déployer sur plusieurs années s’organise ainsi autour de regards croisés, à la fois par territoire à enjeux et par grandes filières.

Les thèmes de travail présentés ci-après s’inscrivent ainsi dans cette logique, à des stades d’avancement différenciés.

Les outre-mer

En partenariat avec l’AFD, un cycle de webinaires s’est déroulé en 2025 afin de répondre à la question suivante : comment les Outre-mer s’adaptent-ils au changement climatique, autour du littoral, de l’habitat et de la santé ? Il a donné lieu à la réalisation du Dossier Fnau numéro 65 dans lequel on retrouve trois principaux enseignements :

    • Les Outre-mer font déjà face aux vulnérabilités climatiques et développent des réponses locales qui méritent d’être mieux connues et capitalisées, y compris dans l’Hexagone.
    • Bâtir sur l’existant et s’appuyer sur les savoir-faire locaux donne aux solutions leur légitimité et leur durabilité.
    • L’adaptation se construit collectivement, dans le temps.  Dossier Fnau numéro 65

Les estuaires et les littoraux

  • Littoraux et estuaires, chantier en cours. Voir le focus ci-dessous.

Les filières productives

  • Filières économiques, chantier en cours. Point d’avancement en cours à la Fnau.

Les ressources

  • Un Point Fnau

L’adaptation passe aussi par l’intégration des limites planétaires dans nos décisions. L’Anthropocène oblige à redéfinir le contrat environnemental et social qui nous lie et à interroger le sens même du « développement », longtemps fondé sur l’abondance des ressources. Le défi est de concilier la préservation des ressources finies de la planète avec un développement humain équitable et juste, capable de guider l’action locale comme les engagements internationaux.  Défini en 2009 par un groupe de scientifiques mené par Johan Rockström, le concept des limites planétaires porte un message clair. Neuf limites géophysiques délimitent un espace d’habitabilité sûr et juste pour l’humanité, parmi lesquelles le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, l’appauvrissement de la couche d’ozone ou la perturbation du cycle de l’eau douce. Plusieurs sont déjà franchies.

 Les limites planétaires peuvent-elles devenir un cadre opératoire à l’échelle territoriale, structurer les politiques locales et aider à dépasser leurs contradictions ? Associées à un développement humain équitable et juste, elles pourraient dessiner de nouvelles politiques d’adaptation et contribuer à garantir l’habitabilité de la Terre.

Dans cette logique, et nourri des témoignages de chercheurs et d’acteurs de terrain, l’ouvrage Les limites planétaires (collection Points Fnau, Gallimard, 2024) marque le début du travail de la Fnau sur la question des ressources.

  • Connaissance et territorialisation des limites planétaires

Les agences d’urbanisme travaillent principalement sur quatre des neuf limites planétaires : l’intégrité de la biosphère, le cycle de l’eau douce, la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, et le changement climatique.

Cette grille d’analyse commence à être de plus en plus appropriée par les acteurs mais, elle peine aujourd’hui à trouver une traduction et une opérationnalité dans les territoires.

Un groupe de travail constitué d’experts issus des agences d’urbanisme s’est constitué en 2026 afin d’identifier les difficultés à la territorialisation des indicateurs de mesure des limites planétaires et de construire une grille méthodologique qui permettra ensuite aux acteurs territoriaux de pouvoir mieux s’en emparer. 

Focus : Adapter nos estuaires et littoraux

Les littoraux particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique.

Les littoraux et les estuaires figurent parmi les territoires les plus exposés aux effets du changement climatique. Élévation du niveau de la mer, érosion du trait de côte, submersions marines, salinisation des sols et des nappes, bouleversement des écosystèmes : ces phénomènes interrogent profondément les conditions d’aménagement et de développement de ces territoires. Ils vulnérabilisent des espaces où se concentrent des enjeux humains, économiques, patrimoniaux et environnementaux majeurs, mais aussi des lieux porteurs d’une forte valeur culturelle et paysagère.

Face à ces défis, les agences d’urbanisme se sont progressivement saisies des questions d’adaptation des littoraux et des estuaires, en accompagnant les collectivités dans l’observation et la compréhension des risques, l’élaboration de stratégies territoriales auprès des élus locaux et l’accompagnement à la mise en œuvre de projets de territoires résilients. À travers leurs travaux, elles contribuent à éclairer les choix publics, à favoriser le dialogue entre les acteurs et à anticiper les transformations nécessaires pour concilier attractivité, préservation des milieux et adaptation au changement climatique. Cette volonté répond aussi à une dynamique nationale de reconnaissance du besoin d’adaptation des littoraux face aux changements climatiques (PNACC, loi Climat & Résilience, SNGITC, outils de recomposition spatiale avec le BRAEC, PPA « trait de côte », cartes locales, observatoires du trait de côte, …).

Cette rubrique qui relate un cycle de réunions, d’échanges et de rencontres entre les acteurs autour de l’adaptation des littoraux face aux changements climatiques met en lumière les démarches et retours d’expérience portés par les agences d’urbanisme sur ces territoires en mutation, afin de partager les connaissances, d’alimenter le débat et d’accompagner l’action des collectivités.

Le dispositif

Le chantier « adapter nos estuaires et littoraux » a été guidé par les réponses issues d’une enquête réalisée auprès des agences, à laquelle une vingtaine d’entre elles (couvrant toutes les façades) et qui a permis d’identifier des enjeux communs : pressions foncières et économiques ; acceptabilité sociale ; financements insuffisants ; cadre réglementaire à traduire dans la planification et temporalités politiques mal ajustées aux horizons du risque. Au-delà, un élément complémentaire est ressorti : un besoin de portage politique renforcé.

La démarche s’étend sur dix-huit mois, du colloque de lancement en mars 2026 à la restitution des travaux prévue en 2027, elle rassemble les agences et leurs partenaires : l’ADEME, le Conservatoire du littoral, la Banque des Territoires, l’OFB, Ocean & Climate platform et l’État.

Les travaux s’organiseront en trois axes, chacun copiloté par une agence. Un enjeu transversal de sensibilisation des élus, techniciens, habitants et acteurs locaux, commun aux trois axes, se focalisera sur l’acceptabilité sociale, la mémoire et culture du risque.

  1. Connaître et faire connaître, copiloté par l’Aurca.
  2. Planifier, copiloté par Boulogne Développement.
  3. Recomposer, copiloté par l’ADDRN.

Chaque axe suit la même méthode, des réunions de travail en visioconférence qui permettront de débattre et approfondir les leviers d’actions par axe thématique et une journée d’exploration sur le terrain, avant une étape de consolidation et une restitution. Ces groupes de travail permettront de dénouer les principaux nœuds problématiques de chaque sujet, de préciser les enjeux et d’identifier des recommandations pour tester leur robustesse lors des journées d’exploration in situ et lors des webinaires. 

Le calendrier des explorations conduira le réseau des agences à arpenter les différentes façades littorales : Perpignan en juin 2026 pour l’axe Connaître ; Boulogne en septembre 2026 pour l’axe Planifier ; Saint-Nazaire en novembre 2026 pour l’axe Recomposer, une consolidation à Pau début 2027, puis une restitution à Cherbourg en juin 2027. Les propositions consolidées feront l’objet d’un Dossier Fnau.

Les carnets de bord

Retrouvez le récit de chaque journée d’exploration.

  • En Roussillon, apprendre à lire un littoral qui bouge, exploration de l’axe Connaître à Perpignan et Sainte-Marie-la-Mer, juin 2026 [Retrouvez le lien du récit ici]. 
  • À venir, l’exploration de l’axe Planifier à Boulogne, septembre 2026, l’axe Recomposer à Saint Nazaire.
Les livrables attendus

Pour chaque axe, le chantier restituera les échanges, une consolidation de la problématique, des leviers d’action à destination des acteurs de l’aménagement, les freins, les acteurs à associer et des illustrations territoriales. L’ensemble sera valorisé dans un Dossier Fnau.

Axe 1 : Connaître et faire connaître

L’objectif du cycle n’est pas être de produire plus de connaissance, mais de produire les outils qui permettent de transformer la connaissance existante en décisions. C’est un cadrage qui orientera la production de cet axe et irriguera les autres. Rendre vivante la connaissance, à travers son animation et la faire connaître est la condition de l’opérationnalité des stratégies locales.

 

Journée d’exploration à Perpignan le 18 juin 2026

C’est à Perpignan, puis sur la plage de Sainte-Marie-la-Mer, que s’est tenue le 18 juin 2026 la première étape des explorations territoriales du cycle « Littoraux et estuaires en transition ». Organisée par l’agence d’urbanisme catalane, l’Aurca, copilote avec la Fnau, de l’axe « Connaître et faire connaître », cette journée a réuni : agences d’urbanisme ; chercheurs ; partenaires ; acteurs locaux du littoral et experts de l’atelier EUCC France.
Un même objectif les rassemblait : Comment produire et partager des connaissances utiles à la décision face au recul du trait de côte et aux risques de submersion marine ?
Forte des échanges évoqués lors de la journée de lancement, l’agence a orienté cette journée autour de deux besoins : transformer la donnée en connaissance pour caractériser le territoire et transmettre cette connaissance pour faciliter la décision.

Les échanges se sont d’abord arrêtés sur l’indicateur du trait de côte, ses avantages et ses limites (échelle, temporalité, lecture 2D, absence de facteurs influençant le transport sédimentaire, …). Au-delà des indicateurs physiques, le besoin d’indicateurs d’adaptation a été mis en avant, liés à l’ingénierie territoriale et aux politiques publiques, loin des seuls indicateurs chiffrés. Le projet O3T du Défi clé Occitanie travaille à ce titre à trois échelles, régionale, départementale et locale, sur la manière dont les collectivités sont préparées aux effets du changement climatique et dont les acteurs s’organisent.

La thèse CIfre de l’AURCA est ensuite discutée pour réfléchir à l’adaptation des littoraux au changement climatique, penser, coconstruire et rendre opérationnelle la recomposition spatiale. Les données mobilisées dans cette étude croisent la carte de vulnérabilité du Cerema et la carte de l’EID sur la projection du recul du trait de côte. L’exercice de recomposition mené à Sainte-Marie aboutit dès lors moins à un projet de recomposition qu’à une relocalisation d’objets isolés. L’enjeu est de trouver des leviers pour passer d’une stratégie locale à une échelle plus large.

Le troisième point relatif à la transformation de données en connaissance concerne la gouvernance. L’échelle communale a été désignée comme inadaptée à des phénomènes aussi structurels que les enjeux littoraux et remplacée par l’échelle du SCOT pour que les élus qui ne se trouvent pas directement concernés par le trait de côte s’approprient ce problème et portent le même message que leurs homologues sur les littoraux. Enfin, le danger immédiat existe, des arrêtés de péril ou d’évacuation fonctionnent, comme à Soulac-sur-Mer, mais au prix d’un traumatisme pour les habitants. Le centralisme a été pointé comme frein, avec des critères nationaux mal ajustés aux spécificités locales

A propos du second besoin, qui concerne la transmission de connaissance, plusieurs conditions de réussite sont évoquées : être crédible face aux objections en s’appuyant sur la longueur des séries de données, sensibiliser sans faire peur, travailler la pluridisciplinarité, … Les acteurs à associer sont les acteurs économiques liés à l’attractivité littorale, les communes rétro littorales et intégrer les données de perception des populations. L’agence et les collaborateurs montrent au cours de ces échanges que les outils de sensibilisation forment une palette de leviers.

Deux retours d’expérience catalans en lien avec l’agence d’urbanisme sont évoqués au cours de la journée : la capacité d’accueil des communes littorales dans le cadre de la révision du SCOT de la plaine du Roussillon dès juillet 2024 et le programme de renouvellement urbain et de réduction de la vulnérabilité à Sainte-Marie de la Mer.

La journée s’est clôturée par l’intervention d’Edmond Jorda, maire de Sainte-Marie-la-Mer, qui a présenté la stratégie de recomposition du littoral communal, fondée sur l’adaptation au changement climatique tout en préservant l’attractivité touristique. Le projet prévoit le recul de la digue et de la promenade, la renaturation des espaces en bord de mer, la désimperméabilisation des sols et le maintien d’une accessibilité exemplaire, sans aucune urbanisation nouvelle. Pensé comme un démonstrateur de résilience côtière, il ambitionne de devenir la nouvelle identité de la station, conciliant protection du littoral, qualité de vie et développement durable. Les échanges se sont poursuivis autour du projet DUAL, consacré aux nouveaux équilibres entre stations balnéaires et espaces naturels.

Les échanges ont mis en évidence que le principal défi ne réside plus dans la production de données, mais dans leur traduction en décisions opérationnelles. Les participants ont souligné la nécessité de développer des indicateurs plus complets intégrant l’état de santé du littoral et la perception du risque, tout en associant davantage les acteurs économiques, les assureurs et les professionnels du tourisme. Ils ont également insisté sur l’importance de disposer de moyens dédiés à l’animation, à la diffusion et à la valorisation des connaissances. Enfin, la sensibilisation du grand public, grâce à des outils variés, et une meilleure évaluation du coût des submersions marines ont été identifiées comme des leviers essentiels pour accompagner les stratégies de recomposition du littoral.

 

 

Axe 2 : Planifier

Planifier passe par l’anticipation : le « rétro-littoral » est le littoral de demain. Les secteurs de compensation liés à la recomposition spatiale doivent être identifiés maintenant, avant que les pressions foncières ne les rendent inaccessibles. C’est un travail de médiation, pas seulement de communication.

Axe 3 : Recomposer

La recomposition est une opportunité d’imaginer un territoire autrement, pas seulement de déplacer des constructions. Par recomposition, nous entendons celles des flux, des usages et du bâti.