La Fnau et les agences d’urbanisme, en lien avec leurs partenaires ont lancé un cycle de réflexion visant à identifier les enjeux et à formuler des recommandations dans la perspective de transformation des espaces périurbains en lien avec les objectifs de la loi climat et résilience.
Les nouveaux dess(e)ins des périrubains
La résurgence de la question périurbaine advient probablement par l’urgence des transitions socio-écologiques et de leur territorialisation. La mise à l’agenda, notamment, de la sobriété foncière par le ZAN, l’évolution des trajectoires résidentielles, économiques et sociales post-confinements ainsi que les nouvelles modalités d’habiter, de travailler et de consommer ont déclenché de nouveaux desseins pour les territoires et notamment les territoires périurbains. Comment les agences d’urbanisme doivent-elles les révéler, les dessiner, les accompagner ?
Reconsidérer les futurs périurbains – après les avoir décriés, puis réhabilités, dénoncés et approuvés – comme des espaces à fort potentiel (foncier, biomasse, ENR, biodiversité, nouveaux rapports à la nature, …), comme des espaces d’inter-relations (sociales et culturelles) complexes encore peu saisis par les gouvernances territoriales et comme des espaces de projet (de territoire, de société, d’inventivité démocratique) s’impose. Aussi, ce cycle de débat, intitulé « De nouveaux dess(e)ins périurbains » propose d’ouvrir le champ des possibles, en rappelant toujours la très grande diversité périurbaine.
Un des enjeux principaux du débat autour des territoires périurbains consiste à repérer les nouveaux acteurs déterminants et les tensions ou conflits de représentations et de valeurs que les multiples expressions périurbaines énoncent sur la crise des villes et celle des campagnes. Comment les acteurs émergents convoquent-ils les dispositifs et institutions existantes, les collectivités et l’État ? Des actants non-humains apparaissent-ils ? A quelles échelles et de quelles manières ? Où s’expriment les tensions ? Où s’envisagent leurs résolutions ?
Si le périurbain manque possiblement d’une ingénierie dédiée et spécifique, il existe de nombreux intervenants œuvrant à une autre compréhension des relations entre maîtrise d’ouvrage, d’œuvre et d’usages. Les agences d’urbanisme auront à travailler avec ces nouveaux partenaires publics, privés et collectifs pour énoncer la diversité des figures périurbaines, en mobilisant d’autres référentiels, d’autres connaissances et d’autres outils. Le temps est venu d’inventer !
Les dess(e)ins périurbains seront travaillés à partir de très nombreux objets programmatiques concrets (comme par exemple : OFS périurbains, SERM, réhabilitations, friches commerciales, SNAP et planification écologique ascendante, …). Mais l’ambition de cette réflexion collective portée par la Fnau, le réseau des agences d’urbanisme et de nombreux partenaires est de porter des propositions pour que l’ingénierie d’aujourd’hui puisse porter de nouvelles représentations, d’autres solutions et d’autres méthodes d’approche pour produire de la territorialisation périurbaine plus intégrée, réfléchie, planifiée et adaptée aux enjeux socio-environnementaux que nous devons collectivement relever.
Ce cycle de réflexion s’étalera sur environ 18 mois et sera ponctué par plusieurs étapes publiques ainsi que des travaux en sous-groupe et des travaux préparatoires en chambre.
Le 28 mai 2024 a eu lieu le colloque de lancement de la démarche qui a permis de présenter publiquement le dispositif et ses attendus, de partager l’état des transformations à l’œuvre, les défis à relever autour des espaces péri-urbains et de débattre des premiers enjeux. Consulter les actes du colloque
Quatre sujets d’attention ont été identifiés, piloté chacun par une agence d’urbanisme.
- Foncier, formes urbaines, habitabilité, piloté par l’Audiar
- Services et économie, piloté par l’Institut Paris Region
- Mobilité et recompositions territoriales, piloté par l’Epures
- Renaturation et transition socio écologiques, piloté par l’Aurav
Les ateliers in situ
Atelier In situ. Mobilité et recompositions territoriales
Les 30 et 31 janvier 2025, Epures et la Fnau ont organisé une rencontre rassemblant une quarantaine d’acteurs du réseau des agences, de partenaires nationaux et d’acteurs locaux. L’objectif était de débattre et d’échanger autour des enjeux de la mobilité dans les espaces périurbains.
Pendant deux jours, élus, techniciens, chercheurs et associations locales ont réfléchi ensemble pour enrichir les débats et analyses à venir.
La première journée a été consacrée à la compréhension des enjeux dans le territoire ligérien et à en tirer des leçons plus larges. Au programme :
- Une immersion dans le Sud Loire actuel avec Ludovic Meyer et dans l’histoire du territoire stéphanois avec Max Rousseau, pour mieux comprendre le contexte et les enjeux futurs.
- Une exploration du périurbain lyonnais avec Eric Charmes, interrogeant le lien entre mobilité et périurbain.
- Une table ronde avec Jean-Pierre Berger (Président d’Epures), Luc François (Vice-président de Saint-Etienne Métropole), Sébastien Vienot (Directeur départemental des Territoires de la Loire) et Edouard Parant (Coordinateur national des SERM – DGITM).
Dans ces journées In situ nous avons également souhaité souligner l’importance d’éprouver l’esprit des lieux, les distances et les ambiances, d’échanger avec les acteurs locaux et les habitants, et de comprendre les usages et besoins de chacun. Cinq explorations se sont ainsi déroulées sur la commune de Veauche, abordant les thèmes suivants :
- La valorisation d’un quartier de gare
- La mobilité cyclable dans le périurbain
- L’accessibilité aux équipements scolaires
- L’aide à la mobilité pour les publics en difficulté
- L’espace public dans le patchwork périurbain
À l’issue de ces deux journées, plusieurs idées-forces se dégagent :
La problématique de la mobilité dans le périurbain révèle l’inachèvement de ces espaces. Loin d’être un handicap, cet inachèvement – visible dans la forme des lotissements, l’aménagement de l’espace viaire ou les dessertes de circulation – offre une opportunité unique. Il permet d’envisager la création de nouveaux liens, connexions et interdépendances constructives, non seulement entre la ville et la campagne, mais aussi entre les différentes zones périurbaines elles-mêmes.
La diversité du périurbain appelle à repenser nos approches en matière de mobilité. Les solutions actuelles (TER cadencé, tram-train, bus express, transport à la demande, covoiturage, pistes cyclables) montrent leurs limites dans ces espaces particuliers. Souvent perçues comme inadaptées par les usagers potentiels, elles ne peuvent être appliquées uniformément. Il devient donc nécessaire d’imaginer des outils de mobilité plus flexibles et composites, favorisant la multimodalité et intégrant davantage d’options de cabotage. De même, les habitants de ses espaces ont une expertise d’usage qui doit être prise en compte pour co-construire avec eux les solutions de mobilité les plus appropriées possibles.
En conclusion, repenser la mobilité dans le périurbain ne peut se faire sans reconsidérer l’aménagement global de ces espaces. Cette réflexion doit prendre en compte leurs spécificités uniques et leur potentiel d’évolution, ouvrant ainsi la voie à des solutions innovantes et adaptées à ces territoires en transition.